Le management : une philosophie ?

Je fais partie de ces gens qui se tiennent à la tradition annuelle des vœux pour autrui et des objectifs pour soi.
Il se trouve que pour l’entrée dans le 2ème millénaire -il y a 20 ans donc- je me suis appliqué à respecter la posologie que préconisait Nietzsche lui-même pour le lire : «Une maxime par jour pas plus et sans ordre particulier».
Chaque nouvel an est l’occasion de faire le bilan de la tenue ou non de ses objectifs pour en décider de nouveaux.
Ai-je tenu ? en toute franchise et humilité : non, je n’ai pas respecté à la lettre la préconisation de Nietzsche. Cependant il ne m’a jamais quitté et je continue régulièrement de prendre plaisir à connecter mon parcours singulier de lecture Nietzschéenne avec mes expériences en entreprise.

Une entreprise est une organisation morale qui se fixe un but et suit des objectifs pour l’atteindre : c’est son essence.
L’entreprise s’incarne dans ses salariés qui, selon leur position dans l’organisation, entreprennent, pour une part, la réalisation des objectifs de l’entreprise.
Le salarié est donc le 1er moteur de toute entreprise.
Considérer le salarié comme une pièce-clef du succès, c’est s’intéresser à son rôle, à ses missions, à ses responsabilités : ce que l’on appelle « le management »
Considérer le salarié non plus comme un objet mais un sujet … cela revient à s’intéresser à l’être humain. La philosophie en est la discipline par excellence.
Ainsi, le management est une chose ; la philosophie une autre.

Toutefois, je ne peux que constater ô combien la personnalité du manager, sa philosophie ont un impact sur la performance de l’entreprise qu’il dirige.
Le management est l’objet, l’homme le sujet.
« l’homme est par nature un animal politique , un être qui ne peut acquérir, développer et accomplir son humanité que dans le cadre d’une société organisée par des règles. » 1

Si l’entreprise dans laquelle le salarié évolue est le lieu de son accomplissement, le salarié n’aura de cesse d’en comprendre les règles à défaut de les établir.

« Les règles » est une terminologie que l’on évite dans les entreprises. Sans doute parce qu’elles rappellent trop le carcan de nos adolescences qui ne cherchaient qu’à les transgresser ou que l’on associe aux règles l’idée d’enfermer, de réduire l’initiative, la créativité. Dans les entreprises on emploiera plus facilement le terme de gouvernance qui est plus flatteur (et surtout plus flou !)

Plus les règles sont claires, comprises, admises, plus l’organisation a de chance de réussir. « Pourquoi, comment, par qui, quand sont prises les décisions… quelles sont leurs sens ? » Voilà les questions que se posent les salariés prêts à accomplir leur mission. Voilà celles que ne posent plus les salariés qui n’attendront de leur évaluation annuelle que le montant de la prime.

Ordonner des règles qui régissent l’espace du collectif en vue d’accomplir le but de l’entreprise : voilà le 1er rôle du manager.
Car « Là où finit l’état, là commence l’homme qui n’est pas superflu : là commence le chant du nécessaire, la mélodie unique, irremplaçable. » 2

Le manager attend des managés, à juste titre, qu’ils soient les plus productifs possible. L’absence d’une règle entraine des dépenses d’énergie improductives. Le système doit permettre une évolution permanente des règles. Elles ne sont pas là pour enfermer mais pour encadrer, canaliser les énergies sur la valeur créée.

Ainsi si le management n’est pas une philosophie, mais seulement l’objet du sujet « manager », il me semble que les 25 siècles de pensées qui nous précédent peuvent nous aider dans l’appréhension des fonctions du manager qui demeure avant tout un être humain dont la tâche est complexe puisque son travail est de faire travailler les autres.

1 Eugénie Vegleris – Manager avec la philo – editions d’Organisation
2 Frederic nietzsche – Ainsi parlait Zarathroustra, Livre I, de la nouvelle idole

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